Arrivée à New York

D’Annapolis à New York, 11 au 14 mai 2016

New York, ça se mérite. Et rien de tel qu’une ou deux nuits en mer pour goûter encore mieux le charme d’une arrivée mythique. Après une courte nuit à l’extrême nord de la Chesapeake Bay le 11 au soir, nous partons le 12 au matin pour 48 heures de navigation en direction de la grosse pomme. Passage du canal de Chesapeake vers le Delaware, descente du Delaware à la nuit tombante en slalomant entre les cargos, puis remontée de la côte du New Jersey pendant trente-six heures. Question vent, ce n’est pas la tempête, mais pour la température, c’est l’hiver ! Une douzaine de degrés à tout casser, avec un petit crachin bien de chez nous la moitié de temps. Ah ça oui, New York, ça se mérite. Le vaillant barreur, congelé dans son cockpit, se remonte le moral en fredonnant un air bien connu :

Start spreading the news, I’m leaving today
I want to be a part of it, New York, New York
Those vagabond shoes, are longing to stray
Right through the very heart of it, New York, New York
I wanna wake up in a city that doesn’t sleep…

Et puis vers cinq heures du matin, au bout de la deuxième nuit, “ça” commence à se préciser. On voit un halo de lumière depuis longtemps déjà, et ça fait des heures qu’on distingue nettement à la jumelle un grand pont, et quelques gratte-ciels plus grands que les autres. Mais au lever du jour, cette fois plus de doute, c’est bien la baie de New York qui s’ouvre à nous par l’intermédiaire du pont Verrazano. Le temps de traverser le chenal entre 3 énormes cargos, et on file réveiller les enfants : que le spectacle commence !

La ville qui ne dort jamais semble faire une exception pour nous. Tout est incroyablement calme, presque silencieux. Nous avançons côte à côte avec Krysfil, sous voile et moteur. La baie est à nous tout seuls, et Manhattan nous dévoile les charmes de sa face sud dans la brume matinale.

C’est tout bonnement incroyable d’être là, depuis le temps qu’on en rêve. On se pince pour y croire. C’est bien nous qui faisons ça, juste nous 6, avec notre bateau à voiles, notre maison, partis de France il y a 9 mois, et nous voilà en train de raser la statue de la liberté, de longer Ellis Island : c’est fou !

A bord, c’est la joie et l’excitation pour tout le monde. On prend des photos, on rigole, on se tourne autour avec Krysfil pour se photographier mutuellement. Faisant confiance au pilote automatique, je descends quelques instants mettre de la musique, et soudain, c’est le drame. Parmi les dizaines d’albums numérisés sur notre disque dur, impossible de trouver le concert à Central Park de Simon & Garfunkel ! Tant pis, je chanterai dans ma tête, ça le fera quand même.

On remonte l’Hudson qui est calme comme un lac. Les tours défilent sur tribord : le nouveau world trade center, l’empire state building, et encore mille autres tours connues ou pas : il semble que la ville ait été reprise d’une frénésie de construction ces dernières années, et des buildings plus audacieux les uns que les autres sortent de terre à tous les coins de rues. On ira voir tout ça cette semaine, en se mêlant à la foule grouillante, comme les milliers de touristes qui débarqueront aujourd’hui de leur avion pour visiter la ville. Mais pour l’instant, savourons encore, savourons à fond, ce moment inoubliable de notre vie de marins et de parents: nous avons acheté un bateau, nous y avons installé nos enfants, nous avons traversé l’océan et nous sommes entrés à la voile dans New York au petit matin. We did it.

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