Navimut, elle assure !

De Vero Beach au Cap Hatteras, 25 avril 2 mai 2016

Après une semaine au pays du rêve, retour à notre problème concret du moment : comment reprendre le plus vite possible la remontée de la côte américaine quand on n’a quasiment plus un appareil électrique qui fonctionne dans le bateau ? Nous attaquons ce défi dès le dimanche après-midi avec Renan (de Krysfil) : remontage de l’alternateur que j’ai fait réparer à Orlando, autopsie des principaux boitiers électroniques : on ne chôme pas, mais le soir, le moteur démarre à nouveau, et recharge les batteries. Je vais vous avouer un secret : si vous voulez réussir dans la vie, assurez-vous surtout d’avoir toujours un officier de marine marchande à portée de main !

Lundi, on reste à Vero Beach où l’on profite de la dernière matinée de location de voiture pour remplir les 2 bateaux à ras bord, et acheter une bouteille de gaz au format US, que nous partagerons pendant les 2 mois qui viennent. Mardi matin, nous entamons la remontée du canal intérieur en direction de Cap Canaveral, où j’ai pris contact avec un électronicien qui devrait pouvoir s’occuper de nous. Sans pilote automatique, mais non sans plaisir, on profite de cette jolie navigation en eaux tranquilles. C’est calme et bucolique, les animaux abondent (dauphins, aigles, oiseaux variés) et cerise sur le gâteau, on fait une bonne partie du trajet à la voile : le bonheur. Le passage des ponts pimente la journée, en particulier le dernier pont du soir. Après avoir pris contact à la radio avec le gars, qui nous annonce qu’il ouvre à 18 heures, on s’attache à un petit ponton d’attente pendant une demi-heure pour boire un coup et faire le plein d’eau. A six heures moins deux, on repart, rallume la VHF, et là le brave homme me dit : « vous venez de rater le créneau, Captain, vous devez être à 17h55 juste devant le pont et me demander formellement le passage, prochain passage à 18h30 ». Pas encore au point pour l’accueil du tourisme de masse, leur truc !

Après une nuit au milieu de nulle part dans un décor d’apocalypse post-industrielle, nous mettons le réveil à 5 heures du matin pour nous présenter à l’écluse de Port Canaveral à 6 heures (elle n’ouvre qu’une fois le matin, une fois le soir). Le passage se fait sans encombre, dans l’aube naissante, et nous voici à l’heure du petit déjeuner à la Cape Marina, où j’ai rendez-vous avec l’électronicien. Les Krysfil, eux, continuent vers la haute mer et le Cap Hatteras. Même si ce n’est officiellement qu’un au revoir, les adieux sur le quai sont pleins d’émotion, car tout le monde est conscient que si nous restons bloqués plus de 4 ou 5 jours pour nos réparations, nous n’aurons quasiment aucune chance de les rattraper avant New York, et donc de les revoir cette année. 03_DSCN1400

Mais cette fois-ci, les dieux semblent tout de même s’être rangés de notre côté. Zach l’électronicien se révèle bougrement compétent et efficace, et après un arrêt au stand de 48 heures, VITAVI est prêt à reprendre la mer avec un pilote automatique neuf, un nouveau capteur de vent en tête de mât et des afficheurs neufs pour le vent et la profondeur. Au passage, j’ai monté le nouvel AIS commandé par internet et le régulateur de panneaux solaires expédié à Vero Beach, et que Rosy est descendue chercher d’un coup de voiture. Ajoutons à ça quelques courses et bricolages divers, et nous sommes presque entièrement remis de notre coup de foudre, à part le radar et une ou deux menues bricoles. Mon compte en banque ressemble au budget de l’état Grec avant l’intervention du FMI, mais au moins, on peut repartir. Et puis cette fois, contrairement aux avaries précédentes, on a fait jouer l’assurance. J’ai donc des contacts réguliers avec un monsieur fort sympathique à Paris, qui m’explique que je ne dois surtout pas hésiter à engager des frais (sécurité avant tout !), et que l’assurance remboursera sur facture, « moyennant une décote de vétusté qui sera évaluée à dire d’expert selon l’âge des équipements remplacés ». Autant dire qu’on est mal barrés…

Haut les cœurs, nous quittons Cap Canaveral à bord de notre navette spatiale toute rafistolée le vendredi 29 avril, direction Beaufort, Caroline du Nord, juste au sud du Cap Hatteras, que nous prévoyons de passer par les canaux intérieurs. La météo est bonne et surtout, nous réussissons à bien négocier le Gulf Stream, qui nous pousse à 3 bons nœuds une grosse partie du trajet. Résultat, nous avalons les 420 milles en 3 jours, avec même un record de 180 milles en 24 heures, qui nous vaudra tout de même une nuit assez difficile, au près par force 6 dans une mer hachée car le vent souffle plus ou moins contre le courant. En contrepartie, nous avons eu cette fois encore de belles visites de dauphins, et le nouveau leurre acheté à Cap Canaveral nous a ramené un beau poisson pour le diner. Après trois nuits en mer, nous embouquons le Beaufort Inlet lundi en début d’après-midi et continuons sans nous retourner jusqu’au coucher du soleil, avant de jeter l’ancre dans un bras de rivière. Ça valait le coup de forcer un peu le destin, nous ne sommes qu’à une petite demi-journée derrière Krysfil, nous sommes maintenant sûrs de les rattraper demain pour reprendre notre balade en binôme à travers les USA.