Bahamas, suite et fin

Exuma, Eleuthera, Berry Islands, 6 au 12 avril 2016

« Adieu vive clarté de nos été trop courts… » Alors que la plupart des lecteurs de ce blog constatent jour après jour l’arrivée du printemps à mille petits détails (les boutons qui fleurissent, l’herbe folle qui pousse, les jupes qui raccourcissent…), nous voguons, nous, vers la fin de notre été tropical. A force d’enchainer les étapes vers le nord-ouest, le tropique du cancer est derrière nous depuis un bon moment maintenant, et nous honorons ce soir notre dernier mouillage aux Bahamas, avant de rejoindre les Etats-Unis. La météo de cette dernière semaine n’est d’ailleurs déjà plus tout à fait tropicale. On se surprend à naviguer en manches longues quand le vent forcit, et même à passer les dernières heures de la nuit sous la couette, qu’on avait oubliée au fond de la cabine depuis si longtemps.

Pas de nostalgie, cependant. Nous sommes très heureux d’attaquer la remontée de la côte Est américaine, qui est une étape très attendue du voyage. Et puis avouons-le, quitte à s’exclure nous-même de la grande fraternité des voileux globe-trotteurs : quelques mois de farniente au soleil, c’est super, mais on ne se verrait pas prolonger ce type de croisière et de vie indéfiniment. Nous quittons donc les Bahamas et les tropiques sans hâte mais sans regret, avec plein de beaux souvenirs d’aventures et de paysages, dans lesquels, aux Bahamas surtout, la couleur incroyable de l’eau tient toujours le premier rôle.

Laissant les Kernen à Saint Georges avec leurs amis Marseillais, nous appareillons de très bon matin le 6 avril pour remonter le chapelet d’iles qui prolonge Exuma vers le nord. Le vent et la mer sont à l’Est, par le travers donc, et nous retrouvons des situations de navigation que nous avions un peu oublié, après des mois à se laisser tranquillement pousser vent portant : force 5 à 6, creux de 2 à 3 mètres, et un bateau bien gité, qui escalade les vagues et nous en envoie quelques-unes sur le pont à l’occasion. Pour couronner cette belle journée, le mouillage que j’avais repéré derrière une passe du lagon se révèle impraticable : trop petit, pas assez de fond, et des courants dignes du golfe du Morbihan. Il faut donc repartir pour 2 nouvelles heures à se faire rincer. On conclut en embouquant une autre passe étroite, entre deux rangées de falaises sur lesquelles déferlent les vagues dans une ambiance « coup de vent sur les Poulains* ». Tout est bien qui finit bien, et tout l’équipage s’octroie une bonne nuit de récupération dans la baie bien protégée de Great Guana Cay.

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Le lendemain, 7 avril, on reste tranquillement à l’intérieur du lagon pour remonter d’une vingtaine de milles vers le nord, dans un vent faible. Couleurs bahaméennes classiques : bleu turquoise de l’eau, blanc des plages : notre quotidien, en somme, à peine dérangé par la grande concentration de vedettes et autres yachts ultra-modernes, tous mouillés dans les mêmes criques, avec leur même look de croiseur interstellaire de l’Empire, dans Star Wars. A certains moments, on a le sentiment fugace d’être un modeste X-Wing tombant soudain nez-à-nez avec toute la flotte impériale tout juste sotie de l’hyperespace !

Vendredi 8, la mer est plate, le vent faible, mais pas nul, et nous en profitons pour traverser le bras de mer jusqu’à Eleuthera. Traversée ultra-tranquille, on retrouve le rythme de la transat : ne rien faire, mais sans pour autant s’ennuyer. Nous finissons par deux petites heures de navigation dans le lagon d’Eleuthera pour mouiller au soleil couchant dans Rock Sound Harbour, un mouillage tellement protégé, dans une atmosphère tellement calme, que le bateau bouge moins que dans beaucoup de ports !

Samedi 9, petite nav peinarde de 20 milles vers le nord jusqu’à South Palmetto, où nous débarquons vaillamment en début d’après-midi. Mais décidément, même sur les iles réputées plus touristiques, les Bahamas sont vraiment le coin le plus tranquille qu’on ait croisé depuis le début de ce voyage. A part 5-6 maisons pour moitié inoccupées, une bibliothèque fermée et un abribus au bout du débarcadère en ruine, pas grand-chose à voir dans ce charmant village. En se baladant à pied, on finira par tomber sur un gars très sympa qui nous trimballe un moment dans sa voiture puis m’ouvre son bureau et sa connexion internet. Pendant ce temps, Rosy et les enfants sont aux prises avec un chien particulièrement joueur et affectueux sur la plage, qui ne se calmera (momentanément) que quand Rosy se met à grogner à quatre pattes face à lui ! On rembarque aussi sec dans notre annexe pour retrouver un peu de calme.

Dimanche 10, Nous traversons tout le lagon d’ouest en est. C’est agréable car contrairement à d’autres, il est profond (8-9 mètres) et sans patates de corail ou presque. On en sort par la passe de Current Cut, qui vaudra encore quelques sueurs froides au valeureux skipper : Slalomer par 3 à 4 mètres de fond dans un chenal sinueux de 20 mètres de large, par 4 nœuds de courant et force 5, je ne ferais pas ça tous les jours !

Lundi, encore une grosse journée, plein ouest, pour rejoindre les iles Berry, où nous mouillons derrière la passe de Alder’s Cay, avant de repartir mardi, par temps à nouveau très calme, vers l’extrémité nord de ces petites iles. C’est là que nous préparons bateau et équipage pour la traversée de 24 heures qui va suivre, et devrait nous amener jeudi en fin de matinée à West Palm Beach, Floride. Un nouveau monde s’offre à nous.

 

(*) Pour les profanes, il n’est pas question d’équitation ici, mais d’une photo très connue de Philip Plisson prise lors d’une tempête sur la pointe des Poulains, à Belle Ile en mer. Quand vous arrivez chez quelqu’un qui a dans son salon une photo d’un phare dans la tempête, il y a une chance sur deux que ce soit celle-là (sinon, c’est le phare de la jument à Ouessant, pendant la tempête de 89, c’est d’ailleurs cette dernière qu’on a chez nous, si vous voulez faire les connaisseurs la prochaine fois que vous viendrez diner)