Sur la piste de Joaquin

Bahamas, 29 mars – 2 avril 2016

Voyageurs peu consciencieux, nous n’avions pas fait de recherches détaillées sur les Bahamas avant d’y pointer nos étraves. Aussi n’avions jamais entendu parler de Joaquin*, avant de faire sa connaissance le 29 mars sur l’ile de Crooked Island. Nous avions mis le cap sur cette ile car le petit village et le « Beach Resort » portés sur la carte nous laissaient espérer un contact avec la quintessence de la civilisation occidentale : le bistrot muni de bières fraiches et d’une connexion internet.

En longeant la côte, le doute nous gagne rapidement. Le village vacances semble à moitié en ruines, le village est quasi-désert, et les maisons devant la plage souvent très endommagées. Une fois à terre, ce n’est guère mieux : des montagnes de sable ont recouvert routes et jardins, les arbres sont à terre et les maisons détruites. On apprendra en discutant avec les locaux qu’en octobre dernier, l’ouragan Joaquin est resté trois jours entiers sur Crooked Island et y a fait les plus gros dégâts jamais vus ici. Tout s’est envolé, et surtout l’eau est montée jusqu’aux fenêtres des maisons. Le gérant de la supérette me racontera qu’il a dû évacuer au milieu de la nuit sa famille et ses voisins réfugiés chez lui pour embarquer, par la fenêtre, à bord de son petit bateau à moteur (qui flottait au-dessus de sa remorque), où ils ont fini la nuit amarrés à la maison. La visite est donc assez impressionnante, mais évidemment pas tout à fait conforme à ce qu’on imaginait en termes d’infrastructures touristiques. En clair, pas de bistrot, ni de bière fraiche, et encore moins de wifi.

On reste néanmoins deux nuits à Crooked Island pour reposer un peu les équipages, et faire quelques courses de produits frais à la supérette (on n’a pas vu un magasin depuis quinze jours et le scorbut menace !). Jeudi 31, nous mettons le cap vers le nord-ouest en direction de Long Island. Vent faiblard de Sud-Est, pile dans le dos. Sur Krysfil, Renan sort son spi et, une fois de plus, nous laisse sur place instantanément. Bon prince, il m’appelle à la VHF une fois arrivé dans le lagon de Clarence Town pour me prévenir que la carte GPS semble un peu décalée, mais qu’en surveillant bien les fonds, on arrive à s’enfoncer dans le lagon jusque derrière le récif, pour un joli mouillage. Forts de ces bons conseils, nous progressons doucement à notre tour, en prenant soin de rester sur la zone de fond clair et d’éviter une grosse tâche sombre sur tribord, même si ça nous amène, d’après le GPS, dans des profondeurs un peu limite pour nous. Evidemment, ça ne rate pas, Vitavi finit planté dans le sable par 2 mètres de fond (notre quille descend à 2 mètres 10). Marche avant, marche arrière, rien à faire, ça ne bouge plus. Un coup d’œil aux horaires de marée pour confirmer qu’elle monte. Ah ben non, la marée haute vient de passer et ça descend, en fait. Damned, si on ne veut pas passer la nuit plantés ici, il faut réagir. Heureusement, je viens de relire pour la trente-cinquième fois le « traité de manœuvre » d’Eric Tabarly (merci Carine !) : On envoie le Génois bordé à plat pour faire giter le bateau et le faire pivoter sur sa quille, un petit coup de moteur pour aider le vent, et nous voilà sains et saufs en eaux libres. Ouf ! On ne retente pas notre chance et on va mouiller un peu plus loin dans 4 mètres d’eau. Pour la petite histoire, la carte GPS n’était pas du tout décalée à cet endroit, et en fait il aurait fallu la suivre sans état d’âme et passer droit sur la tâche sombre, qui n’était pas due à des rochers, mais à des algues, dans une eau plus profonde (c’est ce qu’avait fait Krysfil, au lieu de finasser bêtement comme moi).

 

Vendredi, un passage express par la marina pour faire les pleins d’eau et de gasoil (et poster un message sur le blog), et nous repartons en direction de Rum Cay. Super navigation au vent de travers à fond la caisse sur une mer agréable. Agréable, la nuit le sera nettement moins, car par ce vent de Sud-Est, le lagon de Rum Cay est très mal abrité et nous roulerons toute la nuit. La soirée, elle, sera consacrée en ce premier avril à la fabrication industrielle de poissons en papier.

Samedi 2 avril, on repart vers Long Island, mais cette fois-ci sur la côte ouest, à Galliot Bay. Mouillage de carte postale une fois de plus avec, enfin, une mer parfaitement calme. On en profite pour initier les Kernen au « saut de Tarzan », puis, pour ne pas changer, apéro et diner face au soleil couchant entre adultes sur Krysfil, et soirée jeux de société pour les enfants sur Vitavi. Ce petit rythme bien rodé va bientôt s’interrompre puisque les Kernen rejoignent demain des amis venus passer 2 semaines aux Bahamas. Nous allons donc poursuivre en solo la remontée de l’archipel, avant de rallier la Floride pour nos vacances tant attendues à Orlando (Disney World & Co) la troisième semaine d’avril. Nous retrouverons ensuite Krysfil pour attaquer ensemble la remontée de la côte Est américaine.

(*) En écrivant ce blog, la mémoire me revient. En fait, ce même Joaquin avait fini sa course entre Açores et Portugal au moment où nous passions Gibraltar, et nous l’avions surveillé du coin de l’œil à cette occasion.