Seuls au monde

1ère semaine à Turks & Caïcos et aux Bahamas, 22-28 mars 2016

Après les hordes de touristes américains des Iles Vierges, changement de décor. En cette première semaine aux Turks & Caïcos et aux Bahamas, nous n’avons quasiment pas vu âme qui vive. A part l’équipage du Krysfil bien sûr, qui nous a rejoint comme prévu mardi 22 au soir sur Big Sand Cay et avec qui nous faisons croisière commune depuis. Pas grand monde à rencontrer, donc, mais question paysages paradisiaques, ça vaut le coup : immenses plages de sable blanc quasiment vierges de traces de pas, eau turquoise et incroyablement limpide, poissons divers… Il y a pire comme endroit pour passer la première semaine du printemps.

Le premier après-midi, en attendant Krysfil, on profite du calme plat pour s’entrainer à Tarzan en se balançant au bout d’une aussière fixée à l’extrémité du tangon (une sorte de tige métallique perpendiculaire au mat). La dernière fois que j’ai fait ça, c’était en 1983 en Guadeloupe, et en regardant les films chez ma mère avant le départ, on avait promis aux enfants de tourner un remake : c’est chose faite !

Mercredi 23. Le vent d’Est et la houle se sont levés et rendent le mouillage inconfortable. Puisqu’il y a du vent, avançons ! Après une petite traversée peinard, on pénètre dans le lagon de Caïcos pour aller mouiller à l’abri d’une petite ile (Six Hill Cay’s), par 3 à 4 mètres de fond. L’approche entre les patates de corail n’est pas des plus rassurantes, mais c’est ce qui fait le charme du coin.

Jeudi 24. Cap à l’ouest toujours. L’objectif aujourd’hui est de traverser le lagon pour ressortir de l’autre côté. C’est la navigation du diable : 6 heures, à 6 nœuds, par 6 mètres de fond et moins. On passe la journée à surveiller la couleur de l’eau pour repérer les tâches plus sombres des rochers. L’ombre des nuages assombrit aussi l’eau ici et là et font pousser quelques cheveux blancs supplémentaires sur le front du pauvre skipper. L’après-midi, on retrouve les grands fonds (ça passe en deux minutes de 4 mètres à 1000 mètres) où on est accueillis par une troupe de dauphins qui jouent un moment à l’étrave. Mouillage sur bouées sous le vent de l’ile West Caicos, que nous visiterons le lendemain en répartissant les 2 familles sur 4 kayaks. On tombe sur le chantier d’un hotel Hilton qui n’a semble-t-il jamais démarré : des palettes de placoplatre, des sacs de béton durcis, des palettes de climatiseurs, de rails de cloisons… Tout ça pourrit tranquillement au soleil à côté d’une cinquantaine de préfabriqués pour héberger les ouvriers, qui n’ont visiblement jamais été utilisés. Mystère des tropiques…

Samedi 25. On repart toujours vent dans le dos vers Mayguna. Petite navigation tranquille, marquée par ce qui restera comme une très grosse frayeur de ce voyage. Vers 13h, alors que chacun bouqine tranquillement sous pilote automatique, par 3000 mètre de fond, Erwan, qui navigue avec nous (Camille est sur Krysfil), pousse un grand cri et regarde le côté puis l’arrière du bateau. Je rejoins son regard, pensant voir un gros poisson, mais je ne peux rien dire d’autre que « Pxtxn qu’est-ce que c’est que ce truc !? » Juste dans notre sillage, nous voyons, incrédule, ce qui ressemble furieusement à un rocher à ras de l’eau, couvrant et découvrant au gré des vagues, parfaitement immobile. Il est passé à moins de 2 mètres de Vitavi, et avant que nous ayons le réflexe de le photographier, disparait lentement à l’horizon. Rationnellement, ça ne peut pas être un rocher, probablement plutôt un gros truc qui flottait entre 2 eaux, mais quoi qu’il en soit, on a eu du bol de ne rien toucher, car ça aurait probablement fait du dégat. Autant dire que je n’ai plus mis le nez dans mon bouquin jusqu’à la fin de la journée.

Dimanche 26. C’est Pâques. Pas de chocolat à bord, tant pis. Le vent souffle toujours de l’Est Sud Est, et on progresse jusqu’à West Plana Cays, une nouvelle ile déserte. Au mouillage, la baignade se fait un tout petit peu plus rare depuis que Renan et Erwan ont croisé un beau requin à West Caïcos. Mais il y en a partout aux Bahamas, et il parait qu’ils ne sont pas méchants, alors… La vie à deux bateaux est réglée comme du papier à musique. Quelques échanges d’enfants pour les navigations et parfois les nuits, et le soir, on fait bateau à part : les adultes sur le Krysfil, les enfants tous ensemble sur Vitavi. Les allers-retours en annexe de nuit sont parfois folkloriques, mais aucune baignade involontaire n’est à déplorer.

Lundi 27, fatigués des mouillages rouleurs, on se dirige vers un vrai beau lagon, au nord de l’ile d’Acklin. Une fois de plus, le paysage est à la hauteur et les enfants passent un long moment à la plage. Pour la première fois, on partage même le mouillage avec 2-3 autres bateaux, dont une famille portugaise, qui passera la soirée avec nous. Dans l’après-midi, ces mêmes portugais, en vidant le poisson pêché dans la journée, se sont retrouvés avec un gros requin nerveux sous leur bateau. Ils sont immédiatement aller chercher en annexe les filles du Krysfil qui se baignaient au milieu de lagon, et avouons-le, plus grand monde n’a eu envie de se baigner cet après-midi là.

Demain, on part pour Crooked Island, où on devrait logiquement retrouver un peu de civilisation.