Brèves de skipper 7 – Vagabonds des mers

Etre seul maître à bord après Dieu, c’est plaisant, mais ça a aussi ses moments plus délicats, relatés dans notre série « Brèves de skipper ».  Aujourd’hui, les narines délicates peuvent s’abstenir, on parle hygiène et propreté.

Episode 7 : Vagabonds des mers

Tout bon marin qui se respecte a lu Bernard Moitessier, et rêve à sa suite de faire « la longue route », passer le « cap Horn à la voile », et vivre en « Vagabond des mers du Sud », pour reprendre ses livres les plus connus. Mais attention, être un vagabond des mers, ça peut vite prendre une autre tournure, plus proche du film « Une époque formidable », avec Gérard Jugnot.

Nous ne sommes pas à la rue, certes, mais notre maison flottante, privée d’un de ces appendices majeurs, n’est plus capable de bouger, et nous sommes donc, depuis plus de 2 semaines, amarrés à la même bouée devant la marina d’Oyster Pond. Devant, pas dans. Cette subtile différence nous économise une fortune en frais de ports, mais fait de nous des sortes de romanichels des mers qui auraient posé leur roulotte juste devant les grilles d’un hôtel de luxe. Et même si on a le sentiment que personne ne fait attention à nous, on a eu droit ce week-end à la démonstration du contraire.

Léger et court vêtu, le skipper-vagabond muni de son sac à linge sale accoste benoitement au petit ponton habituel, côté hollandais, pour rallier en toute discrétion le lavomatic de l’hotel voisin, qui avait fait sa bonne fortune le week-end précédent. Las, son vieux T-shirt crasseux et son sac en plastique LIDL le trahissent et il se fait intercepter par le gestionnaire de la marina hollandaise. « C’est une marina privée, ici, j’ai eu des plaintes de mes co-propriétaires, personnellement je n’ai rien contre vous mais je préfère vous prévenir que ça risque de mal tourner ». En clair: « dégage de mon ponton! ».

Qu’à cela ne tienne, le vagabond des mers ne cherche pas les ennuis et accostera donc au petit ponton cent mètres plus loin pour venir reprendre son linge propre (après avoir poliment demandé la permission). Oui mais ces 100 mètres font une grosse différence, car ils obligent à passer devant le poste de garde de l’hôtel (qui n’a pas le même propriétaire que la marina). Et là ça ne manque pas, deux gardes en tenue de shérif expliquent que « l’accès à l’hotel, y compris la laverie payante, est réservé aux clients. Nous, ça ne nous dérange pas, mais si un manager vous voit, on va se prendre un savon ». Traduit en Français: « barre-toi de notre 4 étoiles, le loqueteux ! ».

Nous qui partions entre autres pour quitter quelque temps le confort de notre petite vie urbaine, c’est gagné sur toute la ligne ! Bon, rassurez-vous, depuis ce douloureux épisode, nous avons trouvé une autre laverie pas loin (un peu plus chère, bien sûr), et j’ai même depuis ce matin une piste pour récupérer un accès aux douches. On s’embourgeoise, sur VITAVI !