Au 31 du mois de Janvier (sus à l’anglois !)

Antigua, 30-31 janvier

En ce 30 janvier de l’an de grâce deux mil et seize, deux heures avant l’aube, le cotre corsaire VITAVI, battant fièrement pavillon de notre bon Roy de France, quittait son abri de Malendure et mettait cap au Nord pour débusquer l’Anglois perfide, réputé se cacher avec toute sa flotte sur l’ile d’Antigua, à 40 milles vers le nord.

Le soleil salua le fier vaisseau de ses chauds rayons au moment où le skipper, seul sur le pont, doublait la pointe nord de la Guadeloupe, quittant ainsi les douces eaux françaises, direction l’aventure. En milieu de matinée, l’ile angloise était en vue, et à midi, VITAVI croisait à bonne distance des côtes, hors de portée des canons de fort Berkeley. Perfide, comme à son habitude, Albion avait dissimulé sa flotte au fond d’une baie échancrée quasi-invisible du large, la bien nommée « English Harbour ». Mais n’écoutant que son courage, et guidé par son instinct si sûr, ses compétences hors pair, et son GPS ultra-moderne, l’équipage de VITAVI eut vite fait de s’immiscer à travers le dispositif anglais, et bientôt l’ancre était mouillée en face de Nelson Dockyard, le cœur même de la base anglaise depuis le 16ème siècle.

Le corps expéditionnaire immédiatement dépêché à terre ne trouva ni frégates, ni galions, mais une véritable armada de super-yachts, dans une débauche de luxe encore jamais rencontrée. Voiliers de régates de 100 pieds et plus, mais surtout une kyrielle de voiliers gigantesques, ultra-luxueux, avec jacuzzi, jet-ski, voire hélicoptère pour le plus gros. Une bonne partie de ces bateaux semblent neufs, en attente de livraison. L’équipage regagne son bord rassuré, l’anglois ne risque pas de sitôt de tenter une expédition de pillage sur la Guadeloupe ou la Martinique, le PIB annuel de ces deux iles réunies ne suffirait même pas à acheter un seul de ces joujoux des mers !

Forts de ce constat, nous irons donc promener notre pavillon autour de l’ile en toute impunité (et en toute clandestinité, car on n’a pas fait les formalités !) pour un déjeuner à Deep Bay, dans le nord-ouest. Cette crique fort aimable, bordée d’une plage de sable blanc, a la particularité d’avoir une épave en plein milieu de l’entrée, dont le mat dépasse à 20 cm au-dessus de l’eau. Il est recommandé de passer sur le côté, en faisant un peu attention.

A la tombée du jour, nous quittons Antigua, cap au nord-ouest pour notre première nuit de navigation depuis la transat. Direction Saint Martin où nous devons rejoindre la famille de Rosy pour quelques jours.