Noël au ponton, Pâques en caleçon (de bain)

Article reçu par satellite et publié par Carine.

Nuit du 17 au 18 décembre – N15°52’ W52°47’ (quinzième nuit consécutive en mer)

L’Alizé revient. C’était annoncé par la météo, mais depuis cet après-midi, on sent que ça frémit pour de bon. Il y le vent qui remonte, bien sûr, mais aussi la houle qui se reforme. Un signe qui ne trompe pas, on avait à nouveau besoin de ses trois mains pour se brosser les dents ce soir : une pour la brosse, une pour se cramponner fermement à l’évier, et une pour tenir le verre à dents à peu près stable et éviter l’inondation. Côté vitesse, on n’est pas encore tout à fait sur les chiffres des maxi-trimarans de la Route du rhum car bien que le vent commence tout juste à forcir, nous avons réduit la voilure pour la nuit en prenant deux ris. N’oublions pas que nous marchons avec un gréement un peu rafistolé, et restons sages et ultra-prudents jusqu’à l’arrivée. Et puis sincèrement, les prises de ris au pied du mât au milieu de la nuit dans le vent fort et la houle formée, je n’ai rien contre, mais à tout prendre je préfère le faire dans le calme avant le coucher du soleil et passer une nuit tranquille. Bref, je vieillis.
Ce retour du vent nous met du baume au cœur. Après quatre jours de quasi-sur-place sur un océan transformé en lac de Genève, nous devrions à nouveau voir défiler le compte à rebours de milles restant à parcourir. La majorité des experts à bord de Vitavi pense maintenant que nous ne passerons pas Noël en mer, mais à Pointe-à-Pitre, que nous devrions atteindre le 23, voire 22 décembre. Ça fera quand même 34 à 35 jours après notre départ de Lanzarote le 18 novembre dernier. On est en train de pulvériser les records de l’Atlantic Odyssey ! Au passage, nous avons laissé tomber la Martinique pour rallier directement la Guadeloupe,  où ma mère doit nous rendre visite début janvier, et où un artisan nous attend d’ores et déjà pour réparer le gréement, grâce à mon copain Romain qui s’active depuis Le Havre pour nous sortir les épines du pied l’une après l’autre, et ça, c’est quand même une chance incommensurable. Merci mon vieux pote.
Pour fêter le retour du vent, Neptune nous a gratifiés d’une belle daurade coryphène au bout de la ligne ce soir. C’est visiblement le coup préféré de ces poissons perfides mais à la chair délicate : mordre à notre hameçon juste avant le dîner (qui est donc déjà prêt), et la veille d’un anniversaire dont les menus sont déjà choisis par l’enfant concerné. La précédente nous avait fait le coup la veille de l’anniversaire de Simon, maintenant c’est celui d’Agathe. Mais on a bon espoir de pouvoir inclure le filet de daurade au déjeuner, car les seuls desiderata sérieux d’Agathe pour ce repas étaient des petits pois et des haricots verts (oui messieurs-dames, vous avez bien lu, c’est le menu de fête que réclame notre fille de 5 ans pour son anniversaire – je crois qu’il va falloir consulter le pédopsy  en rentrant à Toulouse !).
À part ça rien de très nouveau sous le soleil des tropiques. Ah si, Camille et Simon ont chacun pris un quart avec papa ces derniers jours. Simon a vu plein d’étoiles filantes. Camille a entendu ce qui semblait être une courte visite nocturne de dauphins. Bons souvenirs.

Bisous à tous et à très bientôt.