Passer le cap (vert) de la déprime

Mindelo, 1er Décembre 2015

Etrange paradoxe, depuis 5 jours que nous sommes à Mindelo pour « une rapide escale technique », nous nous morfondons dans cette marina, tel un coureur professionnel qui verrait tous ses rêves de victoire s’anéantir sur problème mécanique, et se retrouverait prisonnier d’un obscur port industriel alors qu’il rêvait des iles du soleil.

Oui mais voilà : nous ne sommes pas en course, et le Cap Vert n’est pas un obscur port industriel, c’est un archipel réputé magnifique, par lequel passent beaucoup de bateaux en voyage, et que nous aurions nous aussi porté à notre programme si nous ne nous étions pas inscrits à l’Atlantic Odyssey. Résultat, on se crée une double frustration : celle d’être encore ici au lieu d’approcher de la Martinique, et celle de sentir confusément qu’on est en train de passer complètement à côté de quelque chose.

C’est de cette spirale un tantinet déprimante que nous nous efforçons de sortir depuis 48 heures. Première action : le bateau. Lassé d’attendre l’artisan local et de lui courir après mes journées entières, je me suis attaqué à mes réparations tout seul comme un grand (avec le soutien téléphonique de l’artisan avec qui on a bossé cet été, quand même). Une fois de plus, le miracle s’accomplit. Les difficultés qui apparaissaient au départ comme des tigres d’acier se révèlent être des tigres de papier quand on se lève pour les affronter en face (oui, j’aime citer Mao Tse Toung dans mon blog, ça me détend entre deux réparations!). Quelques aller-retours en haut du mat, une grosse pince à riveter empruntée à un voisin de ponton, et le tour est joué, nous sommes techniquement prêts à repartir.

Deuxième action : l’ambiance. Coup de chance, plusieurs familles avec enfants sont arrivées sur le ponton depuis 2 jours. Ils arrivent du Sénégal, via les autres iles du Cap Vert, et sont, eux, très contents d’être là. Hasard du tout petit monde de la grande croisière, Rosy connaissait déjà certains d’entre eux, pour avoir suturé des pieds de porc ensemble dans un stage médical à Paris l’hiver dernier. Entre café dans le cockpit et diner au restaurant, nous retrouvons une vie sociale plus gaie, et c’est rafraichissant.

Troisième action : ne pas repartir sur une mauvaise impression. La marina de Mindelo est pratique quand on a des travaux à faire, mais c’est probablement l’endroit le moins sympa de tout l’archipel. C’est bruyant, industriel, un peu oppressant (mendicité…) Dommage, quand tout le monde nous vante les eaux transparentes, la nature sauvage et l’immense gentillesse des habitants. Pour rester sur une autre impression, au lieu de partir directement vers la Martinique, nous ferons donc escale ce soir au mouillage sur l’ile de Santo Antao, juste en face. Il parait que c’est très joli.

Cette « seconde » transat devrait durer une quinzaine de jours. On devrait donc arriver entre le 16 et le 18 décembre, à peu près. Notre position sera normalement mise à jour sur le site de l’Atlantic Odyssey, et j’essaierai de faire passer un ou deux messages sur le blog entre temps par satellite.

 bientôt pour de nouvelles aventures.

 Dernière minute : Il nous restait encore pas mal de bricoles à faire ce matin, en haut du mat entre autres, et on a fini par se laisser un peu déborder par l’horaire. Comme le but est de profiter de ces dernières vingt-quatre heures au Cap vert, et pas d’appareiller en catastrophe, puis de jeter l’ancre en pleine nuit, on a finalement décidé de partir au lever du jour demain matin. Et donc départ pour la transat a priori le 3 décembre seulement.