Baptême halieutique

Navigation La Graciosa – Marina Rubicon, 1er novembre

Cela fait près de 2 mois et demi que Romain nous a offert tout le nécessaire de pêche à la traine. Jusqu’à présent, j’avais réussi à enchaîner les bonnes excuses pour laisser les bas-de-lignes, émerillons et autres rapalas bien rangés au fond de leur boîte, mais la pression de l’équipage devenant trop forte, il allait falloir céder un jour ou l’autre et se mettre à la pêche, comme tout bon père de famille tour-du-mondiste à la voile qui se respecte.

Ce dimanche 1er novembre semble l’occasion rêvée de s’acquitter de la corvée : 40 milles de navigation le long des côtes de Lanzarote pour rejoindre une marina au sud de l’ile. « On va sortir les lignes, on ne va rien pêcher, ça va dégouter tout le monde et on sera tranquille pour quelques semaines », pensé-je en sortant la caisse de matériel, avec une perfidie habilement dissimulée sous des dehors d’enthousiasme feint. C’était sans compter la légendaire voracité du poisson canarien. Au bout de vingt minutes à peine, ça mord !

Effervescence sur le pont, pendant que l’un remonte mètre par mètre la ligne tendue comme un arc, les autres vont chercher le couteau, rangent le cockpit, et ferment les écoutilles en prévision du bain de sang, comme nous l’ont appris les Krysfil. Au bout de la ligne, pas d’espadon ni de calamar géant, mais une très respectable daurade coryphène de 50cm. Coup de bol, c’est le seul poisson que l’on sait reconnaitre, avec ses reflets jaunes et verts. Ce blog, soucieux du sommeil des plus jeunes, ne s’attardera pas sur l’affreuse scène  de boucherie (enfin de poissonnerie) qui suit la capture de la bête. Sachez seulement qu’en moins de vingt minutes, la daurade était étêtée, vidée, écaillée*, et rangée bien sagement dans le frigo dans la perspective du diner.

La ligne est vite remise à l’eau, mais la daurade a dû avoir le temps de prévenir ses copains, car plus un seul ne viendra mordre à nos hameçons jusqu’à l’arrivée au port. Qu’à cela ne tienne, la joie de l’équipage est intacte, et il a été voté à l’unanimité que désormais, la ligne de traine serait sortie à chaque navigation. Une grande carrière de pêcheurs s’ouvre à l’équipage de Vitavi.

 

La BETE!!!
La BETE!!!
La même, en tenue de soirée
La même, en tenue de soirée
De conserve, le Krysfil sous notre vent
De conserve, le Krysfil sous notre vent

(*) Il parait qu’en fait ça ne sert à rien d’écailler les daurades, on le saura pour le prochain coup.