Traversée vers les Canaries

Article reçu par satellite et publié par Carine.

Lundi 26 octobre

Après avoir réglé les dernières formalités avec le port (et couru un semi-marathon avant le petit déj pour Rosy, mais ça, c’est une habitude qui ne mérite même  plus d’être signalée), nous larguons les amarres et quittons Funchal, direction les Canaries. 270 milles en quasi-ligne droite avec une météo très favorable (du vent, dans la bonne direction), a priori une traversée qui s’annonce bien.
Première surprise à la sortie du port, le vent d’ouest est nettement plus fort que ce qui était prévu. Deuxième surprise, après 10 jours passés à terre, on n’est plus vraiment amarinés, et on a perdu une bonne partie de nos réflexes. Dans ces conditions, Rosy passe un bon moment au pied de mât pour envoyer les voiles, entrée en matière musclée qui lui vaut d’être plus ou moins vaseuse dès le départ.
Parenthèse « courrier du cœur ». Certains disent que la routine tue le couple, je les rassure, l’aventure et  l’imprévu, ça ne marche pas non plus à tous les coups. Parce que quand même, si prendre un ris par force 5, dans les vagues, avec des bosses de ris coincées dans la bôme, et l’envie de vomir par-dessus tout ça, ce n’est pas de l’aventure et de l’imprévu, alors je n’y comprends décidément rien aux femmes.
Pour se remettre de ses émotions, Rosy se met à ses fourneaux pour préparer un diner 3 étoiles, comme c’est la règle sur Vitavi. Malheureusement, ce n’est pas du goût de son oreille interne qui se trouve décidément bien malmenée aujourd’hui. Avec tout ça, plus le changement d’heure, on se retrouve à dîner de nuit, à l’arrache, un peu comme lors de notre tout premier départ à Canet-en-Roussillon. Soyons clairs, l’enthousiasme général s’est assez nettement
estompé.
Heureusement, la rotation du vent que l’on attendait arrive peu après le coucher, et moyennant un empannage mené de main de maître par votre serviteur, le bateau se retrouve plus ou moins la houle dans le dos, allure beaucoup plus confortable qui permet à chacun de s’endormir pendant que le skipper veille seul sous la lune.
La lune, pleine ce soir, joue d’ailleurs des tours aux pauvres yeux embrumés du skipper. Cachée derrière les nuages, elle éclaire la mer par plaques, et ces zones sont si lumineuses qu’on s’attend à voir surgir d’un instant à l’autre quelque Atlantide englouti. Quand le disque blanc sort des nuages, on y voit comme en plein jour, au point qu’on se surprendrait presque à régler les panneaux solaires pour capter cette lumière. Pas d’étoiles ce soir, qu’à cela ne tienne, seul dans la nuit, je me fredonne ce bout de refrain qu’un chef scout (marin, bien sûr) aujourd’hui disparu avait chanté à notre mariage :
La tête dans les étoiles
le regard vers demain
à l’horizon les voiles
aujourd’hui je suis bien

Mardi 27 octobre
Sur le plan de la voile, la journée se résume à pas grand-chose puisque nous continuons sur le même bord, cap sur Graciosa, sans avoir besoin de changer significativement les réglages du bateau. Je barre beaucoup pour économiser les batteries car le ciel couvert rend les panneaux solaires muets. Les enfants jouent dans leur cabine, ou font un peu de maths (Simon) ou de géographie (Camille).  L’après-midi, séance de cinéma « Asterix et Obelix, mission Cléopâtre
». Bref, une journée de mer, avec son rythme particulier qui fait passer le temps sans aucun événement notable, mais sans s’ennuyer. Le coucher, vers 19 heures (il fait nuit très tôt) donnera lieu au seul moment plus intense de la journée, puisque Marion nous fait le coup de rendre l’ensemble de son dîner, nouilles, haricots & Co dans son lit et celui de sa sœur, au moment précis où Agathe est coincée dans les toilettes, pendant que le vent forcit et nécessite une prise de ris en urgence. Une soirée classique sur Vitavi, en somme.
La seconde nuit sera la dernière, on en est sûrs, et ça la rend, comme souvent, nettement plus facile. Le bateau file à 7-8 nœuds au près bon plein, ce qui laisse augurer une arrivée vers 9 heures du matin. Les quarts s’enchaînent donc sans heurts dans la nuit claire et fraîche. Oui, pour ceux qui attendaient les photos des quarts de nuit en bikini, il faudra encore patienter. Même si on pique vers le sud, on est en effet encore loin des tropiques. En d’autres termes, on se caille les meules sévère, sur ce maudit rafiot ! La tenue de nuit, c’est plutôt bonne grosse polaire, salopette et veste de quart, et même bonnet pour les moins avantagés sur le plan capillaire.

Mercredi 28 octobre
Arrivée au mouillage de la Playa Fransesca à 9 heures tapantes. Nous retrouvons MAUI et sommes rejoints en fin de matinée par Krsyfil et Djedjedro, qui avaient passé la semaine avec nous à Madère. Nous sommes heureux et fiers d’être arrivés aux Canaries. La prochaine traversée, c’est « la vraie », dans 3 semaines.