Une histoire de gaz

Funchal, 21 octobre 2015

Que ceux qui se disent avec délectation à la lecture du titre « chouette, encore un article scato-rigolo » se ravisent. On ne parlera pas ici des difficultés digestives des équipages au long cours, mais plus prosaïquement des petites aventures du quotidien concernant l’approvisionnement en butane.

Un mot préalable sur la ligne éditoriale de ce blog. Sous des dehors de transparence absolue à la limite du reality show, il faut savoir que nous sommes en fait soumis à une censure des plus strictes, dont l’objet principal est de ne pas affoler le lecteur. C’est ainsi par exemple qu’est passée sous silence depuis quelques semaines l’angoissante affaire connue sous le nom de « la bouteille de gaz part »

Retour au mois d’aout. Pendant les travaux de préparation, nous décidons de remplacer la petite bouteille camping-gaz de 3 kilos par 2 bouteilles « le cube », ces bouteilles de 6 kilos, tellement plus pratiques que les énormes 13kg a l’ancienne. Ensemble, ces 2 bouteilles nous donnent 2 mois d’autonomie environ.

Fin septembre a Alicante, alors que la seconde bouteille est entamée depuis quelques temps, nous commençons à nous mettre en quête d’une bouteille de rechange. Mais surprise: 58 ans après le traité de Rome et 23 ans après celui de Maastricht, alors que les normes européennes standardisent la longueur de la moindre queue de pomme, les bouteilles de gaz, elles, sont différentes dans chaque pays! Encore mieux, la demi-bouteille type « le cube », et son embout spécial sont une délicieuses invention franco-française sans équivalent en Espagne.
Qu’a cela ne tienne, les blogs de voyage en bateau ou camping-car sont clairs sur le sujet, il suffit de trouver une « usine à gaz » qui accepte de remplir directement votre bouteille. Mais, c’est là le miracle de l’Europe, les normes de sécurité, elles, ont bien été déployées partout, et on m’explique dans les villes espagnoles qu’il est maintenant interdit de faire remplir ses bouteilles directement. Chouette!

Du coup, de Carthagène à Gibraltar, c’est l’angoisse dans l’équipage: va-t-on tomber en rade de gaz avant d’entrer en rade de Funchal? Heureusement, pour combattre le stress, Rosy a une technique infaillible: la cuisine. Tartiflette, gâteaux, mijoté de butternut gratiné, pizzas maison remontent jour après jour le moral de l’équipage… et vident par la même occasion la malheureuse bouteille. Et ce qui devait arriver arriva: c’est à grand renfort de boîtes de thon et autre sardines a l’huile que nous avons bouclé les 4 derniers jours de la traversée vers Madère.

Heureusement, Funchal, petit bout de Portugal loin, bien loin de Bruxelles, reste (pour combien de temps encore?) la terre promise des plaisanciers et des camping-caristes ( quoi qu’on croise plus couramment les premiers que les seconds, allez savoir pourquoi) et pratique le remplissage de bouteille sans plus de formalités. tout est bien qui finit bien, nous revoilà équipés pour les semaines qui viennent.

Une fois n’est pas coutume sur ce blog, quelques infos pratiques à l’usage d’éventuels lecteurs tour-du-mondistes tombés sur cet article par hasard. Pour trouver « l’usine a gaz » il faut aller au bureau de Galp (le gaz portugais, je suppose), rue Da ribeira de João Gomez, un bâtiment blanc juste au dessus d’une station service (Galp également) on leur laisse les bouteilles, et on les récupère remplies 24 à 48h plus tard. Pour mes 2 bouteilles, soit 12 kilos de butane, j’ai payé 34€.