Au moteur vers Gibraltar

Carthagene – Gibraltar, 6 au 8 octobre

Malgré un départ prévu « en milieu de journée », nous ne quittons en fait Carthagene qu’à la nuit tombante, car le vent a été fort tout l’après-midi, et à vrai dire pas très engageant pour un départ en croisière familiale. A la sortie du port, il reste encore pas mal de houle, et le slalom entre les cargos au mouillage dans la nuit noire est assez impressionnant.

Nuit au moteur, en longeant la cote pour être un peu protégés de la houle résiduelle. On croise quelques pêcheurs, bien visibles à l’AIS, mais toujours assez stressant car ils le font des ronds dans l’eau au lieu d’aller sagement tout droit comme les cargos. En parlant de cargos, on les aperçoit au loin (et sur l’écran, via l’AIS) qui se suivent quasiment à la queue-leu, cinglant vers ou depuis Gibraltar. On n’est pas pressés de rejoindre cette autoroute, encore moins de la traverser.

Le 7 au matin, on passe le cap de la gâta. A partir d’ici, c’est cap a l’ouest non-stop jusqu’à la Martinique, ou presque. Malheureusement, le vent refuse obstinément de montrer le bout de son nez, contrairement à ce qui était prévu.  C’est donc moteur, encore et toujours. Et double dose d’école pour tout le monde. On s’arrête déjeuner devant la punta Elena pour reposer nos oreilles. C’est le seul intérêt car cette cote n’est vraiment pas tres jolie, et l’eau trouble n’incite franchement pas a la baignade. On continuera ainsi au moteur jusqu’au lendemain midi. Petite gratification, les parents ont le droit, au milieu de la nuit, à une jolie visite de dauphins, dont les sillages phosphorescent illuminent l’étrave.

Jeudi midi. On commence a apercevoir les colonnes d’Hercule: Gibraltar à droite, et djebel Musa (au Maroc) à gauche. Sans qu’on sache trop dire pourquoi, c’est assez émouvant de se voir ainsi à la jonction de 2 continents et de se dire que par là, c’est l’Afrique. Et puis comme les marins de l’antiquité et tant d’autres entre eux et nous, Gibraltar, porte de l’Atlantique, marque une étape très importante de notre projet.

Le vent se lève, et on s’offre 4 heures de voile haute tenue avec bords de près sous le rocher, et louvoyage entre les énormes cargos ancrés un peu partout. L’entrée elle-même se fera prudemment au moteur, a l’ecoute de la radio saturée de dialogues ésotériques dans un anglais d'(aéro)port, prononcés avec un solide accent chinois, pakistanais, espagnol ou autre (et bien sur au milieu de tout ça l’accent impeccable des sujets de sa tres gracieuse majesté, perches sur leur rocher imprenable).

On s’installe au mouillage a la Linea de Conception, côté espagnol. L’eau est calme comme un lac, et comme le paysage de torchères, pétroliers au mouillage et autres usines chimiques n’incite guère à la rêverie sur le pont, on s’endort comme 6 gros bébés pour une bonne nuit bien méritée.