Brèves de skipper 5 – Un super-héros en chacun de nous

Etre seul maître à bord après Dieu, c’est plaisant, mais ça a aussi ses moments plus délicats, relatés dans notre série « Brèves de skipper ».  La question du jour : a-t-on encore une chance de se transformer en roi de la clé à molette quand on a 37 années d’intello à lunettes derrière soi ?

Episode 5 : Un super-héros en chacun de nous

Au début, on commence sans y faire vraiment attention : le club d’échecs en primaire, le club informatique, les lunettes assorties aux petites socquettes pour aller à l’école, le cours de maths qui est drôlement intéressant, tout paraît simple et innocent. Oui mais voilà, c’est l’engrenage, à 17 ans, on préfère mettre de l’essence dans son solex plutôt qu’attendre la panne sèche pour avoir l’occasion de démonter le moteur, à 25 ans, on préfère louer un bateau en plastique en bon état plutôt qu’acheter un bateau en bois et d’avoir le plaisir de le refaire de la quille au mat, à 30 ans, on s’achète une maison sans toiture qui fuit et sans champignon dans les murs, et voilà c’est trop tard : on est un intello à lunettes, même pas fichu de planter un clou. Et c’est définitif.

Mais aujourd’hui, mes frères binoclards, mes camarades à 2 mains gauches, c’est un message d’espoir que je veux vous délivrer : la rédemption est possible même sur le tard, et tel superman caché derrière Clark Kent, il y a un Mc Gyver derrière chaque consultant en management. Moi qui vous parle, le croirez-vous, j’ai changé de mes propres mains un câble d’accélérateur pas plus tard que lundi dernier. J’en suis encore tout ému.

Ça n’a pas été de tout repos, croyez-moi. Une belle lutte d’abord pour dégager l’ancien câble. Un sacré bestiau de 4,85m au garrot, emberlificoté à travers les endroits les plus inaccessibles du bateau. Mais dimanche, le Dieu des bricoleurs était avec moi, et le câble maudit a fini par se rendre. Seconde épreuve : trouver un câble neuf, au cœur d’un pays hostile aux mœurs étranges et à la langue inconnue. C’est là qu’on réalise que « un borriquito como tu », c’est bien joli, mais ce qu’on aurait préféré, en cours d’Espagnol en quatrième, c’est apprendre à dire « câble acier gainé 16 pouces à double embout torsadé ». Bon, en plus, moi j’ai fait Allemand.

Dernière épreuve, la plus cruelle, la pose du nouveau câble. C’est là qu’en général on se retrouve avec trop de pièces, ou avec des questions existentielles du genre « la rondelle, elle était avant ou après la biellette, déjà? ». Et bien rien du tout, ça s’est passé comme sur des roulettes, et à midi, tout était remonté. La chance du débutant.

Au moment où j’écris ces lignes, en navigation de nuit vers Gibraltar, le moteur tourne rond depuis des heures et des heures dans la pétole méditerranéenne. Apparemment, ça tient. On verra après la publication de ce blog si le dieu de la bricole m’inflige un châtiment bien mérité pour ma vantardise éhontée. Tant pis, j’assume. Je suis trop fier !

Voyons voyons, ça doit pas être bien compliqué
Voyons voyons, ça doit pas être bien compliqué
C'est bien ce que je disais, pas bien compliqué
C’est bien ce que je disais, pas bien compliqué
Toi mon cochon, je t'ai eu!
Toi mon cochon, je t’ai eu!
Plus qu'à remonter le nouveau cable, fastoche!
Plus qu’à remonter le nouveau cable, fastoche!