Brèves de skipper 4 – Le côté obscur de la force

Etre seul maître à bord après Dieu, c’est plaisant, mais ça a aussi ses moments plus délicats, relatés dans notre série « Brèves de skipper ». Aujourd’hui, retour sur l’éternel débat qui agite la France maritime : Bretagne ou Méditerranée ?

Episode 4 : Le côté obscur de la force

Le dernier week-end de Septembre est traditionnellement le moment où, chaque année, nous partons naviguer 4 jours entre hommes dans les eaux bretonnes avec quelques copains. L’annulation du week-end cette année pour cause de skipper coincé à 1 200km de Saint Malo réjouit certes les épouses d’habitude si lâchement abandonnées,  mais fait aussi naitre cette question taraudante : en croisant au large des Baléares plutôt que de Guernesey ou Ouessant, suis-je tombé du côté obscur de la force. En d’autres termes, peut-on faire de la voile (et aimer ça) n’importe où ?

Au premier abord, quand on a un peu usé ses cirés sur les rudes côtes bretonnes, on ne peut que considérer avec mépris la notion de navigation en Méditerranée. Quelle navigation, quand il n’y a ni marée, ni courant ? On peut appareiller sans passer une heure à faire ses calculs de « règle des douzièmes » pour déterminer au centimètre près la hauteur d’eau heure par heure. Les ports vous accueillent sans même vous faire poireauter 6 heures devant l’écluse fermée. C’est l’heure de l’apéro, plutôt que celle de la renverse de courant, qui dicte les horaires de navigation. Et même s’il y avait des marées, de toute façon ça ne servirait à rien : il n’y a même pas de cailloux ! On passe à 10 mètres des côtes, il y a déjà 20 mètres de fond. Pour l’esthète, quelle tristesse.

Navigation en Bretagne
Navigation en Bretagne
Navigation en Méditerranée
Navigation en Méditerranée

J’entends déjà les sudistes objecter : « et la météo, alors ? ». Attention, en ces temps d’incertitude sur le climat, les données sont à manipuler avec précautions. Les relevés de température effectués par mes soins donnent effectivement un léger, très léger avantage thermique à Ibiza face à Saint Malo autour du 20 Septembre. Mais attention, mes relevés malouins datent de l’année dernière, il conviendrait donc d’isoler les effets du réchauffement climatique depuis cette lointaine période. Et puis une bonne fois pour toutes, si ce sont les degrés qui manquent, il y a en 40 dans une bouteille de Lagavulin 16 ans d’âge, c’est suffisant pour réchauffer l’ambiance dans n’importe quel équipage.

Fin d'été en Bretagne
Fin d’été en Bretagne
Temps d'automne en méditerranée
Temps d’automne en Méditerranée

Je crois qu’on touche là le cœur de la question : l’équipage. J’ai croisé récemment aux Lavezzi un catamaran muni d’un équipage entièrement masculin, genre club de notaires sortant de l’hôtel des 3 faisans*, et bien autant à Lezardrieux par force 6, ils auraient pu avoir un certain potentiel en termes d’image virile d’aventuriers intrépides affrontant les éléments, autant dans ce décor de carte postale, ils faisaient peine à voir. Disons que, pour rester dans la culture italienne, on avait un peu envie de leur offrir un calendrier Pirelli, voyez-vous.

Joyeux équipiers Bretons
Joyeux équipiers Bretons
Equipier(e)s méditerranéens dans leur costume traditionnel
Equipier(e)s méditerranéens dans leur costume traditionnel

Le voilà donc, le secret ! On peut faire de la voile n’importe où, certes, mais pas avec n’importe qui !

(*) pour les plus jeunes, qui ne connaissent que Stromaé comme chanteur belge, faites des recherches sur wikipedia.