Traversée Sardaigne – Minorque

14 au 15 septembre 2015

Notre nuit au corps-mort à Asinara est affreuse. Je ne crois pas avoir passé la nuit dans un mouillage pire que celui-ci au cours de ma modeste carrière de marin. Alors qu’il s’était calmé dans l’après-midi, le vent de sud revient, assez fort, et avec lui un clapot super désagréable. On est secoués toute la nuit, avec en plus l’angoisse que le corps-mort casse son amarre (on est en fin de saison) ou encore que Vitavi finisse par taper le fond dans un creux (il n’y a pas énormément de marge sous le safran, à certains endroits). Bref, on se lève à 6h30 avec l’agréable impression de ne pas avoir dormi de la nuit. Quand on part pour trente-six heures de mer, c’est sympa. D’autant qu’on s’est quand même levés à 5 heures du matin la veille.

Qu’à cela ne tienne, cap au sud, au moteur, pour aller franchir le joli passage de Fornelli, entre l’ile d’Asinara et le reste de la Sardaigne. La passe n’est pas ultra-difficile (2 alignements successifs, et puis avec le GPS, maintenant, ça va tout seul), mais quand même, on n’est jamais très tranquille quand le sondeur indique moins de 4 mètres d’eau. A 9 heures, Arrivederci la Sardaigne, cap sur l’ile de Minorque, aux Baléares.

Le vent est sud-ouest comme prévu, c’est-à-dire pile dans le nez sur la route directe. Mais la météo prévoit qu’il tourne à l’ouest dans l’après-midi. On part donc pour un long bord de près babord amure au 270, avec l’idée de virer de bord ensuite pour profiter de la rotation et se retrouver plus ou moins sur la route directe, tribord amure, cette fois (c’était la séquence « un peu de jargon ne fait jamais de mal ». Ceux qui étaient parti se chercher une bière peuvent revenir, je reprends le fil de l’histoire).

Le problème quand on passe toute la journée au près, ce n’est pas forcément le vent, c’est plutôt la mer. Et là, il faut bien avouer que les conditions ne sont pas idylliques, et que 85% environ de l’équipage passe une assez mauvaise journée (les 15% restant n’étant pas non plus au mieux de leur forme). Et dire qu’il reste encore une nuit et une autre journée complète…

Le vent tombe le soir, comme prévu, et nous passerons donc la nuit au moteur avec, cadeau bonus, des vagues qui se calment petit à petit. On prend les quarts a minima, en mode « survie ». En clair, un de nous deux dort dans le carré, l’autre est « de quart », ce qui veut dire somnole dans le cockpit sous une couverture  et met son réveil toutes les 12 minutes pour faire le tour de l’horizon, contrôler la route, et vérifier les éventuels autres bateaux à l’AIS. A ce rythme, le jour finit par revenir, avec le retour du vent, comme prévu.

A 8h30, lever des couleurs : on amène à tribord le pavillon de courtoisie italien et on envoie l’espagnol. La mer est absolument vide, et notre courtoisie  reste donc très symbolique pour l’instant, mais comme ça on sera prêts pour ce soir.  Le vent est revenu, mais au lieu d’être d’abord au sud-est puis de tourner sud-ouest progressivement, il est au sud-ouest dès 11 heures, ce qui nous vaut de passer encore la journée au près. L’équipage hésite à se faire amputer le tibia gauche pour pouvoir marcher droit dans le bateau.

A 20h30, victoire, nous touchons terre à Fornells, très jolie baie au nord-est de Minorque. Toucher terre est un grand mot puisqu’en fait nous prenons une bouée dans la baie. Après une première tentative, abandonnée pour cause de proximité trop grande avec un 35 pieds plein de naturistes allemands, nous optons finalement pour un corps-mort tranquille de l’autre côté de la baie. On double les amarres car on attend force 6 dans la nuit. On branche aussi l’alarme de mouillage (une appli ipad qui sonne quand la position du bateau s’écarte au-delà d’une limite fixée) car c’est ici que la famille « Apache »* avait eu la surprise de jouer aux auto-tamponneuses au milieu de la nuit pour cause de bouée mal amarrée au fond.

Ca y est, on est venu à bout de cette seconde traversée. Ca n’avait rien d’insurmontable (pas plus que les 2 jours / 2 nuits vers la Corse), mais pour être tout à fait honnêtes, on ne sait pas encore très bien comment on va faire pour enchainer une vingtaine de jours et de nuits à ce rythme. Encore 2 mois pour s’y préparer tranquillement.

(*) Un an en famille à bord d’Apache – un de nos livres de chevets pour préparer ce voyage.