La Sardaigne

11 au 13 septembre 2015

Vendredi 11 septembre. Aujourd’hui, on repart ! Fini la glandouille dans l’anse de Chevanu, cap au Sud, direction le vaste monde. Nous levons l’ancre  à 9h30 par  un petit vent d’Est qui nous pousse gentiment vers le port de Bonifacio où, une fois n’est pas coutume, nous nous amarrons avec brio sans emboutir aucun quai. Pourtant, les 20 minutes à faire des ronds dans l’eau devant le ponton carburant auraient pu en faire craquer plus d’un, mais notre vaillant skipper est resté concentré jusqu’au bout.

Côté carburant, ce premier plein depuis que j’ai installé un horamètre (pour les profanes : un compteur, quoi) nous indique une consommation d’à peine 2,5 litres à l’heure, ce qui est plutôt une bonne nouvelle (je craignais un bon 3, voire 4). Ça veut dire qu’on dispose d’à peu près 3 jours et demi d’autonomie. Pour une traversée d’une grosse vingtaine de jours, on est large !

On profite de l’étape à Bonifacio pour faire le plein de tout (eau, électricité, fruits), récupérer du courrier  (merci maman), faire quelques courses chez le shipchandler (cool, un bouchon de nable de rechange, j’en cherchais partout !), régler quelques questions administratives, enfin, bref, on se prépare comme si on quittait le pays pour un an.

C’est donc armés pour le grand saut que nous quittons la Corse à 17 heures en direction de la Sardaigne. Beau temps belle mer, vent d’Est 2 à 3, Vitavi tire des grands bords de près dans le soleil radieux de cette fin d’après-midi et arrive à 20 heures à la très jolie Cala Lunga, sur l’ile de Razzoli. Nous mouillons à la tombée de la nuit dans une crique rocheuse étroite presque complètement fermée, par 7 mètres de fond. C’est joli comme tout, mais autant dire que si le vent tourne dans la nuit (ce qui n’est pas prévu), on va aller chatouiller les rochers de près. Nuit paisible en perspective…

Samedi 12. Le vent n’a pas tourné (et le bateau non plus, donc). Il forcit même au fur et à mesure de la matinée. Au programme : grande baignade, école, et après le déjeuner, nettoyage des pare-battages. Certains sont en effet si sales qu’ils maculent la coque de crasse, et donnent à Vitavi un air pouilleux du plus mauvais effet.

L’après-midi, nous partons plein ouest, sous génois seul, pour une navigation de 3 petites heures. Au passage du cap Testa, c’est le branle-bas sur le pont. « Dauphins !», hurlent les uns, « Requins ! » disent les autres, « euh… trucs qui sautent, par là, à côté des goëlands » s’époumonent les moins sûrs d’eux. Mais filant à 7 nœuds, nous n’avons guère le temps de nous livrer à des études anatomiques détaillées pour trancher sur la nature de ces mystérieux poissons. Force restant à la loi maritime, c’est donc le journal de bord du skipper qui fait foi, et qualifie cet épisode de « attaque de thons volants ». Le soir, nous dormons au mouillage à l’ouest du cap Testa. Première tentative d’utilisation du masque et du tuba pour Agathe : l’essayer c’est l’adopter.

Dimanche 13. Réveil à 5 heures du matin pour la longue traversée du golfe d’Asinara, qui marque la pointe nord-ouest de la Sardaigne. Vent calme, c’est pas violent mais ça bouge quand même, on fera donc l’école dans le cockpit ce matin. Arrivée vers 13h30 sur l’ile d’Asinara. La prise de coffre est pour le moins acrobatique puisque après un début de manœuvre tout à fait réglementaire pour amener l’avant du bateau juste contre la bouée, passent successivement à la baille en quelques secondes la gaffe, la chaussure gauche de Rosy, et finalement Rosy elle-même, expliquant qu’elle saute pour récupérer sa chaussure, et compte visiblement sur moi pour finir la manœuvre et venir la repêcher ensuite, à l’occasion, ce qui sera fait (dans l’ordre inverse, quand même).

Un mot sur l’ile d’Asinara : nous dirons « atypique » (ce blog étant par obligation résolument positif et joyeux pour remonter le moral de nos lecteurs qui travaillent, le mot « sinistre » a été censuré par la rédaction). Sur le dépliant aimablement fourni par le préposé venu facturer ses 30 euros pour la nuit, on explique qu’elle fut longtemps une ile maudite, puis réservée aux lépreux, ensuite aux prisonniers politiques des divers régimes, et enfin reconvertie en parc national, avec toujours un pénitencier au milieu. Vu de près, ça donne un mélange bizarre de jolis paysages et de bâtiments en ruines, le tout envahi pas les ânes et les chèvres, qui sont ici chez eux. Et accessoirement, pour 30 euros la bouée, la douche est froide ! Cette troisième nuit en Italie sera la dernière, puisque nous partons demain pour les Baléares, avec 2 jours et une nuit de traversée au programme.

Vitavi au près dans la brise
Vitavi au près dans la brise
Cala Lunga - ile de Razzoli
Cala Lunga – ile de Razzoli
l'école dans le cockpit
l’école dans le cockpit