Brèves de skipper 1 – la manœuvre de port

Etre seul maître à bord après Dieu, c’est plaisant, mais ça a aussi ses moments plus délicats, relatés dans notre série « Brèves de skipper ». Dans ce premier épisode, on apprend que commander, c’est être responsable de toutes les erreurs, même celle des autres.

Episode 1 : la manœuvre de port

5 septembre 2015, Vitavi arrive à Bonifacio. Le vent d’ouest est fort, et la manœuvre pour se mettre « cul à quai » (selon l’usage en méditerranée) promet d’être chaude. C’est le moment tant redouté pour le skipper, celui où il peut non seulement rater sa manœuvre et casser son bateau (et ceux des voisins), mais en plus le faire devant un public de touristes rigolards.

La place disponible est face au vent, ce qui signifie qu’il va falloir faire une sorte de créneau en marche arrière, mais sans perdre de temps et sans hésiter, car le vent aura tendance à faire pivoter le bateau en lui poussant sur le nez et qu’une fois mal emmanchée, la manœuvre serait impossible à rattraper.

Coup de bol, ça passe nickel, et en deux coups de cuillère à pot, Vitavi vient embrasser le quai pile à la place prévue. Deux braves quidam se présentent pour nous aider à passer les amarres, il n’y a plus qu’à embrayer le moteur en marche avant au ralenti pour tenir le bateau éloigné du quai (mais retenu par les amarres) et aller tranquillement attacher la « pendille », une amarre attachée au fond de l’eau du port et qui tient l’avant du bateau.

Et c’est là que ça part en cacahouète et qu’on apprend la règle de base du port : quand un quidam propose son aide, il y a 9 chances sur 10 qu’il n’y connaisse rien et fasse plus de mal que de bien. En l’occurrence, mes nouveaux amis tiennent bêtement l’amarre à bout de bras au lieu de la frapper au taquet, et sont évidemment incapables de retenir un voilier de 11 tonnes embrayé en marche avant. L’un deux me lance un « attention vous êtes en marche avant » et là, la bourde, l’erreur de débutant, au lieu de lui ordonner de frapper l’amarre, et de garder mon moteur embrayé, je repasse au point mort en me disant que j’aurai attaché la pendille avant que le bateau ne recule.

30 secondes plus tard, des cris, un choc : ça y est on a tapé. Qui engueuler ? personne. Qui est responsable ? c’est moi. Ah oui, seul maître à bord après Dieu, ce n’est pas la fête tous les jours, finalement.

La honte et l'opprobre soient sur le skipper incapable qui a abimé son bateau contre le quai
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